Accueil : Histoires d'enfants Théo 12 ans se fait malmener
Théo s'isole socialement Imprimer Envoyer

Théo passe un bilan psychologique pour faire le point sur ses capacités intellectuelles et sur sa personnalité. Ses parents et ses professeurs avancent l'idée qu'il est un enfant doué voir surdoué et qu'il serait souhaitable d'envisager un passage anticipé en classe supérieure. Il pense que les causes de son mal-être se trouvent dans les relations qu'il peut avoir avec ses camarades et ses frères et soeurs.

Théo rencontre de grosses difficultés d’intégration au sein du collège et de sa classe. Il n’a pas de copain, il se fait embêter, voir même humilier régulièrement. Il a le sentiment d’être mal aimé, il se sent incompris et rejeté par ses collègues de classe. Ses professeurs le décrivent comme un enfant solitaire qui se maintient à l’écart des autres tout en conservant de bons résultats. Certains de ses professeurs soupçonnent une précocité intellectuelle.

C’est une situation qui dure depuis plusieurs années et qui aujourd’hui semble affecter la vie familiale. Les Parents de Théo souhaitent comprendre comment ils pourraient lui venir en aide, car Théo semble supporter de moins en moins la pression de l’école, ses parents « le tiennent à bout de bras ». Les conflits sont fréquents et les relations avec son frère comme avec sa sœur sont difficiles. Théo s’entête et la pression à la maison est permanente.


Dynamique cognitive  

Son efficience intellectuelle mesurée au WISC IV, le situe à un niveau très supérieur à la moyenne des enfants de son âge. Théo obtient des notes excellentes dans les épreuves qui mettent en jeu le raisonnement logique, le raisonnement verbal, les capacités de conceptualisation. Il se montre également très efficient dans les épreuves impliquant le jugement et le raisonnement appliqués aux situations de la vie courante.

Dans l’ensemble, je suis frappée par le plaisir que Théo prend à fonctionner sur le registre intellectuel et par l’investissement qu’il engage tout au long de la passation de WISC. La réussite à l’indice de compréhension verbale ainsi que la clarté et la précision de ses réponses, montrent un investissement massif de la sphère intellectuelle.

Je note toutefois des moments de démobilisation qui expliquent en partie la baisse des résultats dans les deux épreuves qui engagent plus la mobilisation que l’intelligence. Des exercices qui nécessitent que Théo se soumette à un modèle, à un cadre imposé qui autorise peu d’autonomie et la toute puissance de la pensée. Ici je remarque comment Théo peut se désintéresser des épreuves qui lui semblent faciles. Il ne se remobilise que lorsque la tâche lui semble plus complexe. De la même façon certains exercices sont bien mieux réussis de mémoire, Théo peut en effet se fier, si nécessaire, à ses références internes pour trouver des solutions, alors que la trop grande proximité du modèle l’obligeant à une position plus passive le dessert.
Ainsi l'épreuve cognitive met en lumière que Théo ne voit pas l’intérêt d’un apprentissage systématique et qu'il résiste pour ne pas refuser. 

Dynamique psychoaffective 

les épreuves de personnalité pointent  le fait que Théo est un préadolescent actuellement aux prises avec des conflits de son âge. Ils révèlent sa difficulté  de se dégager du mode de relation établie durant l’enfance avec ses parents et la fratrie. Il est le deuxième garçon, son frère aîné qu'il copie dans tous les domaines a 14 ans et sa petite sœur a 8 ans. Théo a une difficulté majeure à élaborer la rivalité et reste piégé dans une problématique d’individuation.

Théo se ressent comme un étranger, se sent exclu, mal dans sa peau et dans sa vie, sans comprendre l’origine de cette impression désagréable. Il se sert de son intelligence comme système de défense, de protection contre toute ingérence émotionnelle. Il souffre d’importantes angoisses, qu’il rationalise, qu’il minimise constamment afin que rien n’émerge de sa souffrance interne. Théo met à distance tout ce qui provient de la sphère émotionnelle de sa personnalité. L’objectif pour lui est de ne rien ressentir. La sphère intellectuelle est par opposition surinvestie car cela lui permet d’assurer un fonctionnement vital minimal. Néanmoins, ces mécanismes lui demandent une énergie considérable.

La défense par l’intellectualisation peut être relayée chez Théo par des procédés qui relèvent de l’inhibition avec des conduites d’évitement, de fuite du conflit ou le refuge dans une résistance passive. A d'autres moments c’est le recours à des modalités de fonctionnement narcissique qui peuvent être temporairement privilégiées et qui lui permettent de préserver sa crédibilité, sa fiabilité et l’estime qu’il se porte. Mais certaines épreuves projectives montrent que théo se vit comme amputé d’une partie de lui-même. 

Le bilan rend compte d’une personnalité dans laquelle les processus de pensée sont très vivement investis. Ils sont garants chez Théo d’une certaine sérénité et constituent des aménagements défensifs essentiellement mis en avant pour éviter l’intégration d’une problématique de perte et des affects dépressifs qui s’y rapportent. Il est urgent que Théo se rassure sur ses aptitudes et retrouve un plaisir à fonctionner pour consolider une identité très fragilisée, et faire ressortir ses capacités d’investissement relationnel en tant que ressources positives.

Les entretiens de restitution du bilan ont contribué à transmettre à Théo et à ses parents les résultats des différents tests en insistant sur la qualité de son efficience intellectuelle, de façon à restaurer une image de lui passablement écornée, sans pour autant être trop élogieux afin de lui permettre de mettre plus de souplesse dans ses mécanismes de défense.
La restitution ayant eu pour rôle de rendre à Théo quelque chose qu’il a donné de lui-même,  il a décidé seul de prolonger le travail psychothérapique.

Le bilan psychologique avec théo s'est poursuivi bien au-delà de la restitution. Les rencontres qui ont suivi avec Théo, essentiellement, et ses Parents lui ont permis de s'autoriser à prendre une place différente au sein de la famille. L'année qui a suivi, Théo est resté dans le niveau qui correspond a celui des enfants de son âge, il est passé en 4ème et a fait le choix de partir poursuivre ses études en internat dans un établissement qui reçoit des enfants précoces plus proche de son fonctionnement. Il aborde son adolescence avec plus de sérénité et d'assurance.